Il existait au XVe siècle, à Chandieu, un hôpital, lieu d'isolement, d'accueil pour les gens de passage ou les contagieux. Il était tombé en désuétude vers 1460.

Pierre de la Bâtie, seigneur, prieur de Chandieu, décida de créer un nouvel hôpital, qui se révéla être plus une maison de charité et d'humanité, mieux adapté aux besoins de l'époque.

A partir de 1484, il acquiert, afin de doter son hôpital de revenus lui permettant un fonctionnement en totale indépendance, prés, terres, bois, étangs, vignes, bétails, maisons, dîmes, cens, établis sur plusieurs paroisses des environs.

Face au puits d'Archimbaud, en janvier 1484, pour 7 livres tournois, il achète une maison sise au château de Chandieu, jouxtant l'enceinte de vent.
Cette dernière constitua la partie essentielle du futur hôpital.
Par une bulle du pape Innocent VIII, de février 1488, il obtient l'autorisation de "fonder, doter et instituer un hôpital pour les pauvres, construit par lui dans l'enceinte de Chandieu" auquel il assigne la somme de 1000 écus d'or à la couronne.

L'acte de fondation date du 30 août 1500. Il fut rédigé en latin par les notaires ecclésiastiques, dicté par Pierre de la Bâtie et placé sous le vocable de Saint Sébastien.

Pierre de la Bâtie est un visionnaire. Non seulement il acquiert des biens pour son établissement avant que celui-ci n'existe juridiquement mais, de plus, il prévoit des sommes d'argent pour que l'hôpital puisse acquérir, lorsque cela sera nécessaire dans l'Histoire, d'autres biens et revenus.

En 1505, Dom Pierre nomme comme collateurs de l'hôpital :

Gabriel de Lévis, seigneur de Couzan pour 3 pauvres.
Gaspard de Talaru, seigneur de Chalmazel pour 3 pauvres.
la famille de la Bâtie pour 2 pauvres.
le prieuré pour 2 pauvres.
le curé de Pralong pour 1 pauvre.
la cure de Chandieu pour 1.
L'hôpital reçoit donc 12 pauvres, hommes et femmes, 8 de la paroisse de Chandieu et 4 de la paroisse d'Essertines, ayant atteint l'âge de soixante ans.

Chaque pauvre doit porter une flèche, en étoffe rouge d'un demi-pied (16 centimètres environ), cousue sur le devant droit de sa tunique.

Ce signe distinctif fait référence à Saint-Sébastien (IIIe siècle). Ce dernier a été un martyr romain.
Selon la légende, il aurait été capitaine de la garde prétorienne mais, en secret, fut également un chrétien qui fit de nombreuses conversions.
Lorsque l'empereur romain Dioclétien eut connaissance de sa foi, il ordonna que Sébastien soit condamné à mort et livré aux archers.
Il survécut aux flèches. Il est souvent dépeint avec un arc ou la poitrine transpercée par une flèche.
Son aide est invoquée en cas de peste.
Dans l'église de Champdieu, un vitrail le représente.

"Comme l'oisiveté est l'ennemie de l'âme,
les pauvres dudit hôpital travaillerons tous
selon leurs possibilités,
sous les ordres d'un recteur,
les hommes dans les vignes, terres et fonds de l'hôpital,
les femmes au jardin et dans la maison
à faire les lits et autres choses
qu'ont coutume de faire les personnes de leur siècle".

Extrait de l'acte de 1500.

En plus des pauvres qui oeuvrent sur les propriétés de l'établissement, le recteur embauche des travailleurs saisonniers pour certaines taches.

A l'origine, l'hôpital était donc administré par un recteur bénévole dont le pouvoir s'exerçait sur le personnel, économe, religieuses et sur les pensionnaires.
En 1825, la fonction de recteur fut remplacé par celle d'ordonnateur.
Le dernier ordonnateur, lui aussi bénévole, a quitté son poste en janvier 1984 pour être remplacé par un directeur.

A la fête de la Saint-Innocents, le Recteur présente l'état de sa gérance et les comptes en présence de deux pauvres et de ceux qui les nomment.

Il est intéressant de constater que non seulement, les pauvres participent à la gestion de leur hôpital, mais ils bénéficient également, d'avantages.
Par exemple dans la seconde partie du XVIIe siècle, l'hôpital leur fournit le tabac (Archives paroissiales de Champdieu, liasse n°235).

Ce qui est plus surprenant encore c'est qu'il a été constaté, à plusieurs reprises, que des pauvres, dépendant de l'hôpital, vivent hors des locaux de ce dernier.
Le recteur leur fait même parvenir régulièrement un peu d'argent.


La façon de vivre à l'hôpital de Champdieu, n'est peut-être pas unique mais elle est singulière.
Dès la fin du Moyen-Age, partout en France, les pauvres dépendent le plus souvent d'établissements "enfermants" avec des règles de vie strictes.

L'hôpital de Chandieu pouvait accueillir, pour une nuit, les pauvres et les voyageurs de passage non contagieux.

Une petite somme d'argent, "la passade", était remise par l'hôpital, à ces gens.

Cette fondation, singulière et moderne dans son esprit, devenue une maison de retraite, recevait encore en 1980 des pauvres des paroisses de Champdieu et d'Essertines.

Le dernier hospitalisé au titre des fondations est décédé le 24 novembre 1980.